mardi, octobre 04, 2005

Villepin nous écoute...

Une bonne nouvelle : Villepin écoute. Il écoute et il entend. C'est formidable. On lui dis : "Marre de la précarité, de la vie chère, de nos salaires de merde et de ta gueule de con" ! Villepin écoute, entend. Il se gratte le menton, cligne des yeux, écoute, entend. Il écoute encore un peu, histoire d'être bien certain d'avoir correctement entendu. Et puis quoi ? Rien. "Le Gouvernement... et patati et patata... La lutte pour l'emploi... blabla blabla, sans compter que la croissance blabla, prout boum" : contrat nouvelle embauche (précarité, demandez la formule illimité !), flicage des chômeurs et de multiples et dramatiques coup de pompes dans le code du travail. Franchement, vu comme il entend, il vaudrait mieux qu'il soit sourd. Il entend tout de travers. Ce doit être l'écho. L'écho, dans les salons feutrés de la République, c'est vraiment un truc terrible... A part ça, soyons rassuré, Villepin ne croit pas à la rupture de l'oberstrumfuhrer Sarkozy. Parce que la rupture, c'est la révolution, le sang... et gnagnagna raragnagna. (A ce propos, on l'entend plus celui-là, il est passé où, qu'est-ce qu'il mijote Sarkozy ? Va savoir...)

Entre 1,2 million et 400 000, dixit les flics. Allez, disons 800 000 dans toute la France, ce qui n'est pas mal du tout, surtout que, d'après nos brillants commentateurs autorisés, il y avait pas mal de travailleurs du privée dans les manifs. Bon. Et maintenant ? On en a super marre. Et on sait - une manif en mars, une autre en octobre - qu'on est pas seul.
Bien.
Bon, bon, bon.
Voilà... c'est ça la merde avec les journées d'action.
Thibault recommence le petit jeu de con entamé avec Raffarin : "Attention, hein, ça va chier hein, si vous continuez... on fait une autre journée d'action dans 6 mois..." C'est pratique les journées d'action. Au lieu de partir en grève sur un truc simple et clair - Abrogation immédiate de toutes les ordonnances de Villepin - on noie le poisson : la vie chère, l'haleine de phoque de Maurice, l'inflation, la précarité, le mal aux dents, le vague à l'âme... Strauss Khan, qui a eu les couilles de venir manifester à Paris plutôt que de se planquer dans son manoir comme le petit Hollande, a eu une idée de génie : «Le ras-le-bol des Français doit trouver un débouché politique. C'est là que le PS doit jouer son rôle.» Tu l'as dit bouffi... Encore un qui écoute, et qui entend, probablement.

samedi, octobre 01, 2005

Mise à mort

Dans le cas de la SNCM, on voit bien les mécanismes d’un processus qui conduit à la mise à mort d’une entreprise de service public. Comme dans le cas d’une corrida, chaque étape de cette mort programmée est soigneusement mise en scène.

1 – Déréglementation et libéralisation : des entreprises telles que Corsica Ferries, qui ne sont pas asujetties aux missions de service public, s’installent sur le marché. Tandis qu’elles se concentrent sur les destinations les plus rentables, elles exercent, au nom de la concurrence, de la compétitivité et de la rentabilité, une forte pression sur les salaires et les conditions de travail. Au bout de quelques années, l’entreprise de service public, à moins d’entrer à son tour dans cette logique de nivellement par le bas, finit par se trouver face à des difficultés inextricables. En général, sous prétexte de sauver l’entreprise, on a entre temps contraint les travailleurs à accepter des plans sociaux, des baisses de salaires… etc… D’année en année, le déficit se creuse.

2 – La recapitalisation de la dernière chance. Avant de porter le coup de grâce - et pour bien montrer aux récalcitrants que l’on a tout fait pour sauver le « service public » - on met quelques millions d’euros dans l’affaire. Des millions qui ne servent pas à grand chose puisque l’entreprise se trouve de toute façon confrontée à la même pression et au même système qui l’a plongé dans les difficultés. Grâce à cet effort, on peut cependant continuer à négocier des concessions avec les organisations des salariés.

3 – Le coup de grâce. Après une ou plusieurs recapitalisation – âprement négociées avec Bruxelles, bien entendu – on privatise. En général, au prétexte que l’entreprise ne vaut rien -puisque que l’on a, avec application, asséné la démonstration de sa débilité économique -, on la refile pour pas cher à des copains.

Conclusion : Dans cette comédie macabre, il s’agit bel et bien de livrer, et pour pas cher, un secteur économique aux capitaux privés et spéculatifs, tout en faisant baisser le coût du travail et de l’exploitation.

Butler, le bon ami de Monsieur de Villepin

J'ai reçu ce matin un mail fort intéressant expédié par les militants de La Riposte, un groupe d'opposition de gauche au sein du PCF. Il s'agit de la privatisation de la SNCM :

"La vente d’actifs publics aux capitalistes avares de profit s’est souvent fait à « prix d’ami ». Walter Butler est un proche du Premier Ministre. Henri Proglio, PDG de Veolia (dont Connex est une filiale) est un ami de Jacques Chirac. Mais dans le cas de la SNCM, le terme « vente » n’est pas approprié. Le groupe Walter Butler et le groupe Connex ne débourseront pas un seul centime pour s’accaparer une entreprise dont la valeur se situe pourtant entre 450 et 500 millions d’euros. Au contraire, selon les termes de cette scandaleuse opération, l’Etat versera 113 millions d’euros dans les coffres de l’entreprise juste avant de la céder à Butler et Connex pour la somme de 35 millions. Ce n’est pas tout. Les requins capitalistes qui tournent autour des navires de la SNCM prévoient la suppression de 400 emplois sur un total de 2400 – dont le coût sera, lui aussi, pris en charge par l’Etat !

Cette escroquerie a été immédiatement dénoncée par la CGT et le STC. L’ampleur et la vigueur du mouvement de grève a ébranlé le gouvernement. Breton et Perben ont dû abandonner la privatisation totale initialement prévue, à la faveur du montage Butler-Connex, dans lequel l’Etat conserverait 25% du capital. Mais ceci ne change rien sur le fond. L’échange de 35 contre 113 millions y est maintenu, ainsi que les 400 suppressions d’emplois. Par le biais de cette manoeuvre cynique, le gouvernement veut donner l’impression de faire un “geste” en direction des grévistes, alors qu’il n’en est rien."

Dans le même article, on apprend que le Parti Socialiste, que l’on entend pas beaucoup dénoncer les gesticulations militaires du Gouvernement, se prononce pour sa part pour une privatisation partielle de la SNCM, à hauteur de 49%. Là encore, on est dans la logique de la privatisation des biens publics, le P.S se refusant obstinément à défendre les intérêts des classes populaires. Au point d’être parfois débordé sur sa gauche par… l’UDF. On croit rêver, mais non. C’est bel et bien Bayrou qui, cet été, est allé au feu pour dénoncer la privatisation proprement sacandaleuse des sociétés d’autoroute.