dimanche, novembre 06, 2005

Une grève illégale

A Marseille, la grève des travailleurs de la RTM qui refusent la privatisation d’une partie de leur entreprise est illégale. Illégale. Il ne faut pas brûler la banlieue. Il y a d’autres moyens de s’exprimer, de faire de la politique. C’est amusant comme les choses peuvent entrer en collision. Tandis que l’on explique à la banlieue que la violence ne sert à rien sur le ton du paternalisme moralisateur, on a recours à un artifice juridique pour briser la lutte des chauffeurs marseillais. Il ne faut rien brûler mais il ne faut pas non plus faire grève. Il faut fermer sa gueule et marcher au pas, se faire oublier dans son ghetto en remerciant dieu chaque jour d’avoir bien voulu nous faire naître français, conduire son bus en se prosternant à chaque arrêt devant le monde merveilleux de la modernité que Gaudin prépare aux Marseillais. C’est assez marrant le populisme. C’est aux contribuables, au marseillais qui paie, que Gaudin en appelle pour justifier la délégation de service public du tramway marseillais. Face au déficit abyssal du tram, il convient de faire appel au privé. On se demande assez pourquoi le capital privé serait tenté de s’investir dans une entreprise qui n’a aucune chance de générer des profits. Si le privé s’intéresse au tramway, c’est que ça doit pouvoir être rentable et même juteux. Mais à quel prix ? Toute la question est là. On a besoin du privé pour briser les travailleurs de la RTM, raboter leurs salaires, saccager leurs conditions de travail, anéantir leurs avantages acquis, licencier les surnuméraires et les récalcitrants. C’est à ce prix, à n’en pas douter, que les transports collectifs marseillais pourront devenir la pompe à fric de quelques-uns des amis de Monsieur Gaudin. Tant pis s’il faut pour cela fermer quelques lignes, raréfier les dessertes et faire l’impasse sur des investissements qui préparent un avenir dont se soucie peu les actionnaires.

Les ghettos
constituent certes un monde à part, un monde qui génère ses propres règles, un monde ravagé par la misère, le chômage et la précarité. Ce sont aussi et surtout des quartiers populaires, des quartiers où vivent des travailleurs, jeunes et moins jeunes. A Aulnay sous bois, hier, j’ai rencontré Karim, un chauffeur routier de 25 ans. « Je commence à 6 heures, je termine à 20 heures. Le patron ronfle jusqu’à 10 heures, le matin c’est moi qui ouvre la barraque. Tout augmente. Il y a 5 ans, pour le même travail, je gagnais mieux ma vie. Un F3, ici, c’est plus de 800 euros, presque aussi cher qu’à Paris. Sauf qu’à Paris, va trouver un appartement quand t’es maghrébin. Je suis en CDD, le patron me propose un contrat nouvelle embauche. Il me vire quand il veut pendant deux ans. Je conduis trop, 12 à 15 heures par jour. Je me plains, il me vire. Je demande une augmentation de salaires, il me vire. Va demander un crédit à une banque dans ces conditions. Je voulais reprendre une pizzeria. J’ai monté un dossier et la banque a refusé parce que je suis en CDD. Je leur ai expliqué qu’en reprenant la pizzeria, de toutes façons, je change d’emploi. Je voulais mettre mes économies dans cette histoire, il croie quoi que je vais pisser dessus ? ».

Quand on parle des banlieux,
à la télé, à la radio, on parle technique, on parle le buraucrate dans le texte, on ne parle pas de politique. Surtout pas de politique, n’est-ce pas Mme Chabot ? On ne parle pas de la violence des rapports sociaux, de la violence continue et soigneusement entretenue que constituent le chômage et la précarité, on ne parle pas des délocalisations, des chantages au dégraissage, des privatisations à marche forcée, de ce qui s’efforce de détruire les classes populaires de ce pays, leur capacité à résister et à lutter contre le saccage de leurs droits. On ne parle pas de la lutte des classes. Mais ce n’est pas bien grave. La lutte des classes n’a pas besoin que l’on parle d’elle pour foutre le feu à la banlieue.

vendredi, novembre 04, 2005

La banlieue brûle, la banlieue brille...

La banlieue brûle. Le feu se propage de villes en villes et Sarkozy a fini par fermer sa gueule. Il était temps. Je suis étonné de ne pas avoir été appellé à manifester. On devrait manifester lorsque cet abruti se permet d’aller insulter les gens chez eux sur le mode de la provocation, provocation que Sharon avait déjà expérimenté sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem. C’est affolant comme les ghettos sont coupés du reste du monde. J’ai un ami journaliste… - (J’ai pas mal d’amis journalistes en fait) – qui a une émission sur la banlieue à la radio. Interrogé par l’un de ses confrères, il parlait l’autre jour, pour décrire la cité des Bosquets à Montfermeil, d’un inframonde. Il me semble que la définition est assez juste. Politiquement, la banlieue n’existe pas. Zéro relais dans le monde syndical, dans la sphère politique. Au delà du phantasme cathodique, il n’y a rien. La banlieue brûle, la banlieue brille. Il faut ça pour que l’on daigne la regarder en face. Tout le monde condamne la violence. Dans ces moments difficiles, il convient paraît-il de rétablir rapidement « l’ordre républicain ». Quelques bagnoles qui brûlent et l’on condamne unanimement la violence des jeunes, - pardon - de « cette minorité de jeunes voyous qui ne veulent pas s’en sortir ». Mais personne ne condamne la violence quotidienne que subissent les habitants des quartiers populaires. Vous avez vu la gueule que ça a Montfermeil, la cité des 4 000, Créteil, Bobigny…Commençons par condamner fermement cette violence là avant de fustiger les excités qui brûlent les voitures de leurs voisins. C’est assez con au demeurant d’incendier la voiture de son voisin, la crèche ou l’école maternelle de son petit frère... Mais que faut-il donc qu’ils fassent pour se faire entendre ? Personne n’en a jamais rien à foutre, sauf quand ça crâme. Personne ne devrait avoir à vivre dans un tel enfer. Pourquoi ne pas simplement le dire ? Pourquoi ne pas condamner la violence insoutenable que constitue la misère, sociale, familiale, culturelle qui sévit dans ces quartiers. Le mépris a un visage, un visage gravé dans le béton de ces fantômes de villes où l’on entasse les gens comme de la barbaque rance. Les banlieux brûlent. Tant mieux où plutôt tant pis… Tout à coup, le personnel politique s’agite, parle d’un plan d’urgence pour la banlieue, donnant raison, en un sens, aux casseurs qu’ils dénoncent. Il faut que ça brûle pour qu’ils s’en soucient. Et bien brûlons. Brûlons tout si c’est ce qu’il faut faire pour changer les choses. C’est en tout cas le message, très clair, que l’on envoie à ces jeunes gens.