A Marseille, la grève des travailleurs de la RTM qui refusent la privatisation d’une partie de leur entreprise est illégale. Illégale. Il ne faut pas brûler la banlieue. Il y a d’autres moyens de s’exprimer, de faire de la politique. C’est amusant comme les choses peuvent entrer en collision. Tandis que l’on explique à la banlieue que la violence ne sert à rien sur le ton du paternalisme moralisateur, on a recours à un artifice juridique pour briser la lutte des chauffeurs marseillais. Il ne faut rien brûler mais il ne faut pas non plus faire grève. Il faut fermer sa gueule et marcher au pas, se faire oublier dans son ghetto en remerciant dieu chaque jour d’avoir bien voulu nous faire naître français, conduire son bus en se prosternant à chaque arrêt devant le monde merveilleux de la modernité que Gaudin prépare aux Marseillais. C’est assez marrant le populisme. C’est aux contribuables, au marseillais qui paie, que Gaudin en appelle pour justifier la délégation de service public du tramway marseillais. Face au déficit abyssal du tram, il convient de faire appel au privé. On se demande assez pourquoi le capital privé serait tenté de s’investir dans une entreprise qui n’a aucune chance de générer des profits. Si le privé s’intéresse au tramway, c’est que ça doit pouvoir être rentable et même juteux. Mais à quel prix ? Toute la question est là. On a besoin du privé pour briser les travailleurs de la RTM, raboter leurs salaires, saccager leurs conditions de travail, anéantir leurs avantages acquis, licencier les surnuméraires et les récalcitrants. C’est à ce prix, à n’en pas douter, que les transports collectifs marseillais pourront devenir la pompe à fric de quelques-uns des amis de Monsieur Gaudin. Tant pis s’il faut pour cela fermer quelques lignes, raréfier les dessertes et faire l’impasse sur des investissements qui préparent un avenir dont se soucie peu les actionnaires.Les ghettos constituent certes un monde à part, un monde qui génère ses propres règles, un monde ravagé par la misère, le chômage et la précarité. Ce sont aussi et surtout des quartiers populaires, des quartiers où vivent des travailleurs, jeunes et moins jeunes. A Aulnay sous bois, hier, j’ai rencontré Karim, un chauffeur routier de 25 ans. « Je commence à 6 heures, je termine à 20 heures. Le patron ronfle jusqu’à 10 heures, le matin c’est moi qui ouvre la barraque. Tout augmente. Il y a 5 ans, pour le même travail, je gagnais mieux ma vie. Un F3, ici, c’est plus de 800 euros, presque aussi cher qu’à Paris. Sauf qu’à Paris, va trouver un appartement quand t’es maghrébin. Je suis en CDD, le patron me propose un contrat nouvelle embauche. Il me vire quand il veut pendant deux ans. Je conduis trop, 12 à 15 heures par jour. Je me plains, il me vire. Je demande une augmentation de salaires, il me vire. Va demander un crédit à une banque dans ces conditions. Je voulais reprendre une pizzeria. J’ai monté un dossier et la banque a refusé parce que je suis en CDD. Je leur ai expliqué qu’en reprenant la pizzeria, de toutes façons, je change d’emploi. Je voulais mettre mes économies dans cette histoire, il croie quoi que je vais pisser dessus ? ».
Quand on parle des banlieux, à la télé, à la radio, on parle technique, on parle le buraucrate dans le texte, on ne parle pas de politique. Surtout pas de politique, n’est-ce pas Mme Chabot ? On ne parle pas de la violence des rapports sociaux, de la violence continue et soigneusement entretenue que constituent le chômage et la précarité, on ne parle pas des délocalisations, des chantages au dégraissage, des privatisations à marche forcée, de ce qui s’efforce de détruire les classes populaires de ce pays, leur capacité à résister et à lutter contre le saccage de leurs droits. On ne parle pas de la lutte des classes. Mais ce n’est pas bien grave. La lutte des classes n’a pas besoin que l’on parle d’elle pour foutre le feu à la banlieue.
