vendredi, décembre 09, 2005

Le chômage baisse... la pauvreté augmente

Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui c’est une petite version que je propose au lecteur de ce modeste blog. La littérature statistique a ceci de particulier qu’elle manie habilement l’euphémisme. J’imagine qu’il convient de ne pas heurter la sensibilité de tel ou tel ministre qui pourrait être tenté par la suite de punir les fonctionnaires dérogeant à cette règle d’or qui veut que quand il pleut de la merde, mieux vaut tenir fermement le parapluie. Les policiers des Renseignements Généraux en ont fait - je le suppose en tout cas - l’amère expérience la semaine dernière en démontant point par point, dans leur rapport sur les émeutes en banlieue, les allégations du ministre sur le caractère organisé des troubles. Comble de l’outrecuidance, c’est au malaise et à la souffrance sociale que ces fonctionnaires de police attribuaient la paternité diffuse de ces trois semaines d’émeutes. Personne n’a officiellement « communiqué » sur la colère du petit Nicolas, mais elle a du être féroce puisque les RG ont publié le lendemain une nouvelle version de ce rapport, plus conforme aux déclarations démagogiques du ministre. Passons.

Voici le premier paragraphe de la version que je propose aujourd’hui, une étude publiée ce jour sur internet par les Allocations Familiales :

- « Le nombre d'allocataires du revenu minimum d'insertion (RMI) a augmenté de 6,2% sur un an en France métropolitaine, passant de 1.042.800 à 1.107.000. Dans l'ensemble de l'hexagone, départements d'Outre-Mer compris, il a augmenté de 5,2%, passant de 1.182.100 à 1.243.900. »

Jusque-là, pas de soucis, les choses sont claires, le fait brut ne fait pas débat : le nombre de RMIstes a augmenté. Comme toujours, c’est l’explication du phénomène que l’on manie avec une extrême prudence. On avance :

« Cette évolution à la hausse, qui se poursuit dans un contexte d'amélioration du marché du travail et de diminution du chômage, semble largement liée à la diminution du taux de couverture des demandeurs d'emplois par les dispositifs d'indemnisation du chômage. Cette évolution résulte notamment de la réforme de l'assurance-chômage décidée fin 2002 ».

C’est là que ça se corse. Pénétrons pas à pas dans cette jungle sémantique. Première affirmation, conforme à la ligne du parti : le chômage baisse. C’est dit comme ça, en passant, mais c’est dit, avec ce petit air satisfait issu du lexique de la pensée positive : « … dans un contexte d’amélioration – c’est le mot clef – du marché du travail ». Amélioration = tendance positive. Courage français, Villepin et Sarkozy sont au front, ils vous ont compris : le chômage baisse et ce n’est pas fini… Deuxième affirmation, qu’on ne peut décemment pas passer à la trappe puisque les chiffres et la statistique sont tout de même censés exprimer une réalité, la cause de l’augmentation du nombre des bénéficiaires du RMI est à chercher dans le fonctionnement de l’Assedic : il y a plus de RMIstes parce que les chômeurs sont moins indemnisés. Plus précisemment : indemnisés moins longtemps. C’est la conséquence de la réforme de 2002 avec sa cohorte de « recalculés ».

La plupart des journalistes s’en tiennent là – vérifiez par vous même sur le net – se contentant de reprendre in extenso le chapô du texte de 3 pages de la CAF et s’abstenant de tout commentaires. Encore que. France Inter, dans sa tranche d’information du midi, s’est évidemment fait l’écho de cette information. J’ai lu intégralement l’étude de la CAF que l’on peut se procurer sans difficulté en ligne. Une étude brève et concise que même un journaliste pressé peut lire dans son intégralité : 3 pages, c’est pas la mer à boire. Ce texte ne dit mot d’un quelconque phénomène de fraude. Non pas parce qu’il n’existe pas mais plus probablement parce que la CAF l’estime suffisamment marginal pour ne pas en faire mention. Mais comme on est peu voyant à France Inter, c’est comme cela que l’on a trouvé intelligent d’expliquer la hausse du nombre de RMIstes : c’est bien connu, les chômeurs, les pauvres et les SDF sont des voleurs et des salops qui abusent de la mansuétude de leurs concitoyens. De l’information de haute volée…

Revenons à nos moutons et poursuivons nos petits travaux de traduction, le chômage baisse, bonne gens ! C’est la CAF qui vous le dit, et scientifiquement avec ça. Le miracle, c’est que si on a le courage de lire la totalité de l’étude, on comprend pourquoi le nombre de RMIstes augmente mais aussi et surtout pourquoi le chômage baisse, information essentielle mais très proprement éludée dans le fameux châpo repris par le cœur des vierges de la presse parisienne (je reproduis le texte dans son intégralité pour que l’on ne m’accuse pas de mauvaise foi, mais si vous n’allez pas jusqu’au bout pour passer au paragraphe suivant je ne vous en voudrais pas) :

- « La situation du chômage a connu une nette amélioration depuis le mois de mai 2005. Le nombre de demandeurs d’emploi a à cet égard poursuivi sa baisse au cours du troisième trimestre 2005 (respectivement -2,8% pour la catégorie 1 et -2,0% pour les catégories 1 et 6), et il a diminué sur douze mois de respectivement 2,7% et 1,6%. Toutefois, le nombre de demandeurs d’emploi non indemnisés (au sein des catégories 1 à 3, 6 à 8 et dispensés de recherche d’emploi) a continué d’augmenter au troisième trimestre 2005 de 0,4% et de 5,8% au cours des douze derniers mois. L’évolution du nombre d’allocataires du RMI semble donc surtout s’expliquer par celle du nombre de chômeurs non indemnisés et par la réduction du taux de couverture de l’indemnisation chômage. Ce taux est en effet passé, selon les données provisoires de l’UNEDIC, de 61,8% fin septembre 2004 à 59,5% fin septembre 2005 (diminution de 2,3 points sur un an et de 0,8 point sur le troisième trimestre 2005). Cette évolution globale du taux de couverture résulte à la fois de l’impact de la réforme de l’assurance chômage décidée fin 2002 et dont les effets se font sentir jusqu’au deuxième trimestre 2005, et des modifications de la structure des demandeurs d’emploi. En effet, la part des demandeurs d’emploi ayant épuisé leurs droits a tendance à s’accroître spontanément après une période prolongée de conjoncture défavorable sur le marché du travail ».

Traduction, nette et claire : le chômage baisse parce que les chômeurs cessent de l’être. Non pas parce qu’ils ont retrouvé un travail - et puis quoi encore, de la barbe à papa à tous les repas ? - mais parce qu’un chômeur c’est un « demandeur d’emploi indemnisé ». Dès lors qu’il ne l’est plus, il n’est plus chômeur et bien sur le « chômage baisse » (tandis que les bénéficiaires du RMI augmentent. En physique, on apelle ça les vases communiquants). Conclusion : n’en déplaisent au médium de France Inter et nonobstant le charabia abscon des fonctionnaires de la CAF qui permet d’obscurcir à dessein cette image statistique de la réalité : la pauvreté augmente.

Comme on le voit, la situation du marché du travail s’améliore : la pauvreté augmente. La situation de l’Afrique a elle aussi tendance à s’améliorer. Grâce au Sida et à la guerre, il n’y aura bientôt plus d’Africains. Bon débaras. Tout comme celle de la démocratie quand, enfin, plus personne ne prendra la peine de voter. Le droit de vote, c’est bien, mais si c’est pour voter des conneries… faut quand même pas charrier ! (On entend encore les lamentations colériques de ceux qui se demandaient, a posteriori, qui avait bien pu avoir l’idée saugrenue de consulter le peuple sur le projet de Constitution Européenne…). Sans oublier, bien entendu, le droit de grève, un truc formidable tant que l’on ne l’utilise pas pour faire valoir ses droits.

Le cynisme est un art que notre époque a porté à son apogée. Allez. Salut bonnes gens et méfiez-vous des RMIstes. Il y en a peut-être toute une bande organisée sous votre lit.

dimanche, novembre 06, 2005

Une grève illégale

A Marseille, la grève des travailleurs de la RTM qui refusent la privatisation d’une partie de leur entreprise est illégale. Illégale. Il ne faut pas brûler la banlieue. Il y a d’autres moyens de s’exprimer, de faire de la politique. C’est amusant comme les choses peuvent entrer en collision. Tandis que l’on explique à la banlieue que la violence ne sert à rien sur le ton du paternalisme moralisateur, on a recours à un artifice juridique pour briser la lutte des chauffeurs marseillais. Il ne faut rien brûler mais il ne faut pas non plus faire grève. Il faut fermer sa gueule et marcher au pas, se faire oublier dans son ghetto en remerciant dieu chaque jour d’avoir bien voulu nous faire naître français, conduire son bus en se prosternant à chaque arrêt devant le monde merveilleux de la modernité que Gaudin prépare aux Marseillais. C’est assez marrant le populisme. C’est aux contribuables, au marseillais qui paie, que Gaudin en appelle pour justifier la délégation de service public du tramway marseillais. Face au déficit abyssal du tram, il convient de faire appel au privé. On se demande assez pourquoi le capital privé serait tenté de s’investir dans une entreprise qui n’a aucune chance de générer des profits. Si le privé s’intéresse au tramway, c’est que ça doit pouvoir être rentable et même juteux. Mais à quel prix ? Toute la question est là. On a besoin du privé pour briser les travailleurs de la RTM, raboter leurs salaires, saccager leurs conditions de travail, anéantir leurs avantages acquis, licencier les surnuméraires et les récalcitrants. C’est à ce prix, à n’en pas douter, que les transports collectifs marseillais pourront devenir la pompe à fric de quelques-uns des amis de Monsieur Gaudin. Tant pis s’il faut pour cela fermer quelques lignes, raréfier les dessertes et faire l’impasse sur des investissements qui préparent un avenir dont se soucie peu les actionnaires.

Les ghettos
constituent certes un monde à part, un monde qui génère ses propres règles, un monde ravagé par la misère, le chômage et la précarité. Ce sont aussi et surtout des quartiers populaires, des quartiers où vivent des travailleurs, jeunes et moins jeunes. A Aulnay sous bois, hier, j’ai rencontré Karim, un chauffeur routier de 25 ans. « Je commence à 6 heures, je termine à 20 heures. Le patron ronfle jusqu’à 10 heures, le matin c’est moi qui ouvre la barraque. Tout augmente. Il y a 5 ans, pour le même travail, je gagnais mieux ma vie. Un F3, ici, c’est plus de 800 euros, presque aussi cher qu’à Paris. Sauf qu’à Paris, va trouver un appartement quand t’es maghrébin. Je suis en CDD, le patron me propose un contrat nouvelle embauche. Il me vire quand il veut pendant deux ans. Je conduis trop, 12 à 15 heures par jour. Je me plains, il me vire. Je demande une augmentation de salaires, il me vire. Va demander un crédit à une banque dans ces conditions. Je voulais reprendre une pizzeria. J’ai monté un dossier et la banque a refusé parce que je suis en CDD. Je leur ai expliqué qu’en reprenant la pizzeria, de toutes façons, je change d’emploi. Je voulais mettre mes économies dans cette histoire, il croie quoi que je vais pisser dessus ? ».

Quand on parle des banlieux,
à la télé, à la radio, on parle technique, on parle le buraucrate dans le texte, on ne parle pas de politique. Surtout pas de politique, n’est-ce pas Mme Chabot ? On ne parle pas de la violence des rapports sociaux, de la violence continue et soigneusement entretenue que constituent le chômage et la précarité, on ne parle pas des délocalisations, des chantages au dégraissage, des privatisations à marche forcée, de ce qui s’efforce de détruire les classes populaires de ce pays, leur capacité à résister et à lutter contre le saccage de leurs droits. On ne parle pas de la lutte des classes. Mais ce n’est pas bien grave. La lutte des classes n’a pas besoin que l’on parle d’elle pour foutre le feu à la banlieue.

vendredi, novembre 04, 2005

La banlieue brûle, la banlieue brille...

La banlieue brûle. Le feu se propage de villes en villes et Sarkozy a fini par fermer sa gueule. Il était temps. Je suis étonné de ne pas avoir été appellé à manifester. On devrait manifester lorsque cet abruti se permet d’aller insulter les gens chez eux sur le mode de la provocation, provocation que Sharon avait déjà expérimenté sur l’esplanade des mosquées à Jérusalem. C’est affolant comme les ghettos sont coupés du reste du monde. J’ai un ami journaliste… - (J’ai pas mal d’amis journalistes en fait) – qui a une émission sur la banlieue à la radio. Interrogé par l’un de ses confrères, il parlait l’autre jour, pour décrire la cité des Bosquets à Montfermeil, d’un inframonde. Il me semble que la définition est assez juste. Politiquement, la banlieue n’existe pas. Zéro relais dans le monde syndical, dans la sphère politique. Au delà du phantasme cathodique, il n’y a rien. La banlieue brûle, la banlieue brille. Il faut ça pour que l’on daigne la regarder en face. Tout le monde condamne la violence. Dans ces moments difficiles, il convient paraît-il de rétablir rapidement « l’ordre républicain ». Quelques bagnoles qui brûlent et l’on condamne unanimement la violence des jeunes, - pardon - de « cette minorité de jeunes voyous qui ne veulent pas s’en sortir ». Mais personne ne condamne la violence quotidienne que subissent les habitants des quartiers populaires. Vous avez vu la gueule que ça a Montfermeil, la cité des 4 000, Créteil, Bobigny…Commençons par condamner fermement cette violence là avant de fustiger les excités qui brûlent les voitures de leurs voisins. C’est assez con au demeurant d’incendier la voiture de son voisin, la crèche ou l’école maternelle de son petit frère... Mais que faut-il donc qu’ils fassent pour se faire entendre ? Personne n’en a jamais rien à foutre, sauf quand ça crâme. Personne ne devrait avoir à vivre dans un tel enfer. Pourquoi ne pas simplement le dire ? Pourquoi ne pas condamner la violence insoutenable que constitue la misère, sociale, familiale, culturelle qui sévit dans ces quartiers. Le mépris a un visage, un visage gravé dans le béton de ces fantômes de villes où l’on entasse les gens comme de la barbaque rance. Les banlieux brûlent. Tant mieux où plutôt tant pis… Tout à coup, le personnel politique s’agite, parle d’un plan d’urgence pour la banlieue, donnant raison, en un sens, aux casseurs qu’ils dénoncent. Il faut que ça brûle pour qu’ils s’en soucient. Et bien brûlons. Brûlons tout si c’est ce qu’il faut faire pour changer les choses. C’est en tout cas le message, très clair, que l’on envoie à ces jeunes gens.

mardi, octobre 04, 2005

Villepin nous écoute...

Une bonne nouvelle : Villepin écoute. Il écoute et il entend. C'est formidable. On lui dis : "Marre de la précarité, de la vie chère, de nos salaires de merde et de ta gueule de con" ! Villepin écoute, entend. Il se gratte le menton, cligne des yeux, écoute, entend. Il écoute encore un peu, histoire d'être bien certain d'avoir correctement entendu. Et puis quoi ? Rien. "Le Gouvernement... et patati et patata... La lutte pour l'emploi... blabla blabla, sans compter que la croissance blabla, prout boum" : contrat nouvelle embauche (précarité, demandez la formule illimité !), flicage des chômeurs et de multiples et dramatiques coup de pompes dans le code du travail. Franchement, vu comme il entend, il vaudrait mieux qu'il soit sourd. Il entend tout de travers. Ce doit être l'écho. L'écho, dans les salons feutrés de la République, c'est vraiment un truc terrible... A part ça, soyons rassuré, Villepin ne croit pas à la rupture de l'oberstrumfuhrer Sarkozy. Parce que la rupture, c'est la révolution, le sang... et gnagnagna raragnagna. (A ce propos, on l'entend plus celui-là, il est passé où, qu'est-ce qu'il mijote Sarkozy ? Va savoir...)

Entre 1,2 million et 400 000, dixit les flics. Allez, disons 800 000 dans toute la France, ce qui n'est pas mal du tout, surtout que, d'après nos brillants commentateurs autorisés, il y avait pas mal de travailleurs du privée dans les manifs. Bon. Et maintenant ? On en a super marre. Et on sait - une manif en mars, une autre en octobre - qu'on est pas seul.
Bien.
Bon, bon, bon.
Voilà... c'est ça la merde avec les journées d'action.
Thibault recommence le petit jeu de con entamé avec Raffarin : "Attention, hein, ça va chier hein, si vous continuez... on fait une autre journée d'action dans 6 mois..." C'est pratique les journées d'action. Au lieu de partir en grève sur un truc simple et clair - Abrogation immédiate de toutes les ordonnances de Villepin - on noie le poisson : la vie chère, l'haleine de phoque de Maurice, l'inflation, la précarité, le mal aux dents, le vague à l'âme... Strauss Khan, qui a eu les couilles de venir manifester à Paris plutôt que de se planquer dans son manoir comme le petit Hollande, a eu une idée de génie : «Le ras-le-bol des Français doit trouver un débouché politique. C'est là que le PS doit jouer son rôle.» Tu l'as dit bouffi... Encore un qui écoute, et qui entend, probablement.

samedi, octobre 01, 2005

Mise à mort

Dans le cas de la SNCM, on voit bien les mécanismes d’un processus qui conduit à la mise à mort d’une entreprise de service public. Comme dans le cas d’une corrida, chaque étape de cette mort programmée est soigneusement mise en scène.

1 – Déréglementation et libéralisation : des entreprises telles que Corsica Ferries, qui ne sont pas asujetties aux missions de service public, s’installent sur le marché. Tandis qu’elles se concentrent sur les destinations les plus rentables, elles exercent, au nom de la concurrence, de la compétitivité et de la rentabilité, une forte pression sur les salaires et les conditions de travail. Au bout de quelques années, l’entreprise de service public, à moins d’entrer à son tour dans cette logique de nivellement par le bas, finit par se trouver face à des difficultés inextricables. En général, sous prétexte de sauver l’entreprise, on a entre temps contraint les travailleurs à accepter des plans sociaux, des baisses de salaires… etc… D’année en année, le déficit se creuse.

2 – La recapitalisation de la dernière chance. Avant de porter le coup de grâce - et pour bien montrer aux récalcitrants que l’on a tout fait pour sauver le « service public » - on met quelques millions d’euros dans l’affaire. Des millions qui ne servent pas à grand chose puisque l’entreprise se trouve de toute façon confrontée à la même pression et au même système qui l’a plongé dans les difficultés. Grâce à cet effort, on peut cependant continuer à négocier des concessions avec les organisations des salariés.

3 – Le coup de grâce. Après une ou plusieurs recapitalisation – âprement négociées avec Bruxelles, bien entendu – on privatise. En général, au prétexte que l’entreprise ne vaut rien -puisque que l’on a, avec application, asséné la démonstration de sa débilité économique -, on la refile pour pas cher à des copains.

Conclusion : Dans cette comédie macabre, il s’agit bel et bien de livrer, et pour pas cher, un secteur économique aux capitaux privés et spéculatifs, tout en faisant baisser le coût du travail et de l’exploitation.

Butler, le bon ami de Monsieur de Villepin

J'ai reçu ce matin un mail fort intéressant expédié par les militants de La Riposte, un groupe d'opposition de gauche au sein du PCF. Il s'agit de la privatisation de la SNCM :

"La vente d’actifs publics aux capitalistes avares de profit s’est souvent fait à « prix d’ami ». Walter Butler est un proche du Premier Ministre. Henri Proglio, PDG de Veolia (dont Connex est une filiale) est un ami de Jacques Chirac. Mais dans le cas de la SNCM, le terme « vente » n’est pas approprié. Le groupe Walter Butler et le groupe Connex ne débourseront pas un seul centime pour s’accaparer une entreprise dont la valeur se situe pourtant entre 450 et 500 millions d’euros. Au contraire, selon les termes de cette scandaleuse opération, l’Etat versera 113 millions d’euros dans les coffres de l’entreprise juste avant de la céder à Butler et Connex pour la somme de 35 millions. Ce n’est pas tout. Les requins capitalistes qui tournent autour des navires de la SNCM prévoient la suppression de 400 emplois sur un total de 2400 – dont le coût sera, lui aussi, pris en charge par l’Etat !

Cette escroquerie a été immédiatement dénoncée par la CGT et le STC. L’ampleur et la vigueur du mouvement de grève a ébranlé le gouvernement. Breton et Perben ont dû abandonner la privatisation totale initialement prévue, à la faveur du montage Butler-Connex, dans lequel l’Etat conserverait 25% du capital. Mais ceci ne change rien sur le fond. L’échange de 35 contre 113 millions y est maintenu, ainsi que les 400 suppressions d’emplois. Par le biais de cette manoeuvre cynique, le gouvernement veut donner l’impression de faire un “geste” en direction des grévistes, alors qu’il n’en est rien."

Dans le même article, on apprend que le Parti Socialiste, que l’on entend pas beaucoup dénoncer les gesticulations militaires du Gouvernement, se prononce pour sa part pour une privatisation partielle de la SNCM, à hauteur de 49%. Là encore, on est dans la logique de la privatisation des biens publics, le P.S se refusant obstinément à défendre les intérêts des classes populaires. Au point d’être parfois débordé sur sa gauche par… l’UDF. On croit rêver, mais non. C’est bel et bien Bayrou qui, cet été, est allé au feu pour dénoncer la privatisation proprement sacandaleuse des sociétés d’autoroute.

vendredi, septembre 30, 2005

Terror Show

Ministre de l’intérieur cherche barbus, si possible avec djelabah et gueules de l’emploi. On nous a tout de même trouvé quelques islamistes à exhiber à l’heure de la grand-messe cathodique, histoire de sortir le nabot du pétrin dans lequel il s’était fourré en annonçant prématurément et publiquement l’arrestation d’un dangereux réseau terroriste. Grâce aux aveux collectés par la police algérienne (sic) auprès d’un membre présumé du réseau cueilli à l’aéroport d’Oran, on a donc mis hors d’état de nuire quelques barbus qui ont confessé – nous dit-on – leur intention de faire péter le siège de la DST ainsi qu’un certain nombre de stations de métro. On a pas trouvé d’armes chez ces gens, ni même la moindre preuves de leurs intentions délictueuses. On a que des aveux. Quand on connaît les relations de travail très cordiales qui existent entre la sécurité militaire algérienne et la DST et leur propension à monter ensemble des coups vraiment tordus (comme, par exemple, l’enlèvement de diplomates français à l’ambassade d’Alger), on est tout de même en droit de se poser quelques questions sur cette opération qui – comme par hasard – arrange bien les bidons du petit Nicolas. Ces gens sont peut-être réellement dangereux (va savoir). Mais il faudra tout de même suivre tout cela de près. Je suis prêt à parier – tant pis si je me trompe, ce sont les risques que l’on prend quand on parie – qu’un bon nombre des barbus arrêtés cette semaine seront bientôt relâché sans que l’on puisse retenir aucune charge contre eux. Et il y a aussi pas mal de chances que l’on en entende pas autant parler que le Terror Show de cette semaine. D’ici là, bonne nuit et n’oubliez pas de bien regarder sous votre lit. Avec les barbus, on ne sait jamais.

jeudi, septembre 29, 2005

Fuck 2007

Le GIGN ! Rien que ça… Pendant que Sarkozy nettoie les quartiers populaires à coup d’expulsions téléspectaculaires, Villepin privatise une entreprise nationale en faisant appel aux encagoulés de la République. Et on dit que ces deux là ne s’entendent pas ! Cet été, déjà, les ordonnances pour créer un contrat de précarité d’une durée indéterminé. J’imagine l’état du rapport de force dans l’entreprise. Déjà, en temps normal, c’est pas simple. Ouvrir sa gueule, c’est renoncer à beaucoup de choses. Augmentation de salaire, évolution de carrière. Mais là, c’est le pompon. Comment se syndiquer, comment envoyer chier le ou les petits chefs – c’est la plaie du genre humain les p’tits chefs - quand on risque en permanence de se faire virer…. Moins con que Raffarin, c’est sur. Mais pas moins dangereux. 100 jours pour appliquer le mandat patronnal. D’ailleurs, on les entend moins les patrons ces temps-ci… Normal. La Chiraquie – même à bout de souffle - fait son job. Les ordonnances, ça en dit long sur l’impuissance politique de ce gouvernement qui affronte le mouvement social avec les moyens de la guerre civile. Assiégés.

J’espère – même si je ne crois pas beaucoup à l’efficience des journées d’action - que le 4 octobre va sonner l’heure du réveil. Etrange silence depuis la rentrée. On entends pas beaucoup l’opposition. Normal. Y’en a pas. Strauss Khan a même trouvé le moyen de proposer une augmentation salée de la TVA. Manque pas d’air celui là. C’est marrant comme la droite du PS ne comprend rien à rien. Ou ne veut rien comprendre, ce qui – finalement – revient exactement au même. Le contrat Villepin, les pitreries de Sakorzy et maintenant l’opération bites et boulons au large de bastia… Tout ça mérite qu’on y réponde par un mouvement de grande ampleur…

Tout le monde ne pense qu’à 2007 alors que c’est maintenant qu’il faut faire la peau à tous ces cons (politiquement j’entends). Manquerais plus que ça ! Qu’on lui laisse les mains libres pendant deux ans… Villepin est moins con que Raffarin (on dirait une équation : Villepin au carré = moins con que Raffarin au carré). Mais c’est pas une raison pour le laisser faire, pour subir le calendrier politique des prétendants au trône, dûment épaulés par un aéropage de journalistes et de commentateurs hippiques assermentés par je ne sais quel institut de sondage.

Mine de rien, Villepin déroule le tapis pour Sarkozy. Sarkozy ? C’est une sale maladie ça non ? Le syndrome de Sarkozy. Lequel des deux est le plus tatchérien, le nabot ou l’aristo ? Sarkozy président, c’est clair, c’est Tatcher. La stratégie de l’affrontement, le coup de grâce. Les syndicats français devront faire des choix clairs, c’est à dire des choix politique. S’il n’y a toujours rien du côté de la gauche molle, ils rejoueront la même partition que la dernière fois : laissons les profs aller tous seuls au casse-pire puisque, derrière, c’est l’aventure. Face à Raffarin, sur le dossier des retraites, il fallait aller à la grève générale. A ce moment là, Thibault fait le malin, menace le garagiste de province de mettre la France dans la rue et… se débalonne quand il faut y aller. C’est toute la faillite du PS : son incapacité à dessiner des débouchés politiques au mouvement social. Mais on en est déjà plus là. Ils sont de toutes façons incapables de dessiner quoique ce soit d’autres que la parité et le mariage gay (je n’ai rien contre les gays - soit dit en passant - mais c’est très symptomatique de la crise politique de la gauche que de n’être progressiste que dans le domaine des mœurs.) On en est plus là, donc. La prochaine étape, c’est l’émeute. La réponse à l’émeute, c’est Sarkozy, c’est le mouvement social en prison.

Je vais donc aller manifester le 4 octobre, en espérant que cette journée d’action puisse être le prélude à une castagne de grande ampleur. Non pas que j’aime la castagne. Mais s’il commence à toucher au code du travail – et le CDI, c’est pas rien dans le code du travail – il faut quand même penser à se bouger un peu le cul. Ça tombe bien, je viens d’investir une fortune dans de nouvelles pompes. Marchons, crions et prions pour que ça soit l’occasion de discuter de tout cela dans les entreprises, dans les usines, dans les écoles…etc… Il faut se décider à aller à la grève générale. Ne se rait-ce que pour faire tomber la 5ème République dont on vit de toutes façons les dernières heures. La partie se jouera bien avant 2007, doit se jouer avant 2007. Fuck 2007.